Bruno Barde

Edito de
M. Bruno Barde

Se taire au moment d’écrire un éditorial est tentant, voir sa signature sous une page blanche, revigorant ; mais bien que séduisant, cela n’est point silence.

Le silence est précurseur du verbe, il féconde la genèse, il en est le principe et l’essence et devient par là-même, l’adversaire de la vulgarité. Il est présence en plénitude, un rien qui se possède entièrement, un tout qui se dénude.

L’éloge du silence rend hommage au logo créateur, l’éloge du bruit du monde au singe menteur.

Dans l’art se retrouve l’expression de ce choix, particulièrement dans sa forme cinématographique.

Le silence devient la respiration des maîtres du 7ème art dont la vacuité propice n’est pas vacance de talent. Le génie de Kubrick et de Tarkovski s’exerce dans leurs capacités à circonscrire l’immatériel dans le cadre, abolissant dans le plan la séparation  créateur-créature. Seul un acte créateur peut rompre le silence, d’où l’adage : si vos propos ne sont pas plus éloquents que votre silence… Abstenez-vous !

Alors, nous verrions naître à l’horizon une humanité sans bavard, loin des appâts mondains qui trompent les plus fins, où l’orante par la magie du verbe psalmodierait le silence de la contemplation, l’auguste beauté qui passe nos intelligences  et remplit d’ardeur le défaut de clarté.

Murnau murmurerait : silence…On vit.

 

Bruno Barde
Directeur du Festival