Blaise Pascal l’avait déjà senti pour qui « le silence éternel des espaces infinis » était effrayant. Or, si le silence est parfois accolé au fantastique, c’est évidemment pour plusieurs raisons. C’est d’abord, et surtout, parce qu’il est le contraire du bruit. On sait que le son, dans le cinéma d’épouvante traditionnel fait peur, par différent moyens : le cri bien sûr, celui d’un personnage effrayé, contenant en soi la possibilité d’une contagion de la peur venant toucher le spectateur lui-même. Mais pas de peur sans hors-champ visuel, un son venu de nulle part, sans possibilité d’identifier celui ou ce qui l’émet est un autre facteur d’angoisse. Quant à la musique, celle-ci n’est-elle pas là pour faire, par ses stridences brusques, sursauter quasi-mécaniquement le spectateur devenu une crédule et manipulable créature ?
Rien pourtant de plus anxiogène que le silence lui-même. Le spectateur d’aujourd’hui, habitué à décoder les conventions de la rhétorique de l’épouvante cinématographique est désormais familier avec les usages sonores (musique, cris, grincements divers) du cinéma de la peur. Le bruit ne fait plus peur comme avant. Le silence, oui, en fait, qui en est la dimension négative. Il est le moment précédant le choc, attendant l’apparition du monstre, l’instant préalable au déchaînement de l’horreur. Le silence est le hors-champ du son dans le cinéma fantastique traditionnel. Il peut aussi remplacer celui-ci. En effet, s’il y a néanmoins un cinéma fantastique moderne c’est assurément par un usage particulier du silence qu’il signale, éventuellement, sa « modernité ». Car l’absence de son est aussi la marque d’une neutralité apparente de l’être, d’une insignifiance excluant toute logique dramatique.
Consacrer une rétrospective au silence dans le cinéma fantastique ne va pas de soi mais relève d’un passionnant défi. Car l’usage savant de celui-ci par des cinéastes œuvrant dans le fantastique procède souvent d’un choix excluant le tintamarre du cinéma d’épouvante banal. Lorsque le silence devient l’acteur principal d’un film fantastique c’est très souvent dans une œuvre qui repousse les limites du genre, qui s’aventure dans un no man’s land indéterminé bien éloigné du territoire trop balisé du cinéma de genre. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que ce soient des cinéastes atypiques qui sont devenus les grands artistes du silence : Stanley Kubrick recréant la quiétude des espaces infinis qui effrayaient Pascal, David Lynch faisant surgir une manière de bizarrerie radicale, Roman Polanski scrutant, par les seuls moyens du cinéma, l’inquiétante étrangeté des choses, Andrei Tarkovski vibrant d’un mysticisme retrouvé, Alejandro Jodorowsky, inventant une sorte de néo-surréalisme, De Palma mêlant suspense et création conceptuelle et bien d’autres…
Pourquoi le silence ferait-il peur ? Sans doute parce qu’il contient, en soi, l’implacable pressentiment du néant.







