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CARLOS ENRIQUE TABOADA, LE DUC DU CINÉMA D’HORREUR MEXICAIN

Carlos Enrique Taboada

Carlos Enrique Taboada

Le cinéma d’horreur mexicain s’inscrit dans une longue tradition ; des films de ce genre sont produits depuis 1898. Don Juan Tenorio de Salvador Toscano est considéré comme le premier film de fiction mexicain. L’épouvante se développe vraiment dans le pays dans les années 1930, avec des films comme La Llorona (1931) de Ramón Peón, ou Dos monjes (1934), El fantasma del convento (1934), El misterio del rostro pálido (1935) et Nostradamus (1937) de Juan Bustillo Oro.

À la fin des années 1950, Fernando Méndez offre au genre ses lettres de noblesse, grâce à ses films salués depuis comme autant de joyaux, à l’image de El vampiro (1957), Ladrón de cadáveres (1957), El ataúd del vampiro (1958), Misterios de ultratumba (1959), Los diablos del terror (1959) ou encore El grito de la muerte (1959).

C’est en 1968 que sort le quatrième long-métrage de Carlos Enrique Taboada Walker, Hasta el viento tiene miedo, marquant le début de sa célèbre tétralogie d’épouvante. Aujourd’hui, Taboada est considéré comme le réalisateur mexicain de films d’horreur le plus charismatique.

Malgré un scénario somme toute assez simple, le film captive le spectateur et le plonge dans l’intrigue avec intelligence. Il bénéficie d’une distribution de choix réunissant Marga López, Maricruz Olivier, Norma Lazareno, Elizabeth Dupeyrón, sans oublier Pamela Susan Hall dans le rôle d’Andrea (“le fantôme”). Génération après génération, sa popularité ne s’est jamais démentie. Imprégné de ce climat d’angoisse subtil et raffiné qui le rend sans doute aussi efficace, le film constitue un tournant majeur du genre grâce à sa mise en scène ; il est aussi unique, tant il se démarque de tous les films qui l’ont précédé.

Cette œuvre à la fois terrifiante et ensorcelante est suivie d’un autre film aussi captivant aux caractéristiques similaires, El libro de piedra (1969), qui réunit à nouveau les actrices Marga López et Norma Lazareno, cette fois-ci aux côtés de Joaquín Cordero, d’Aldo Monti et des enfants acteurs Lucy Buj et Jorge Pablo Carrillo, dans les rôles de Silvia et de Hugo.

Après le succès de ces deux opus, Taboada s’éloigne du genre gothique qui leur est associé.

En 1974, il retrouve le domaine de l’horreur raffinée avec Más negro que la noche, qui réunit une distribution spectaculaire pour l’époque, mêlant des acteurs et des actrices de renom comme Claudia Islas, Susana Dosamantes, Helena Rojo, Lucía Méndez, Julián Pastor, Pedro Armendáriz Jr., ou encore Tamara Garina, dans le rôle principal de tante Susana.

L’intrigue est tout à fait spectaculaire : elle comprend un héritage, une belle demeure ancienne, une vieille tante sortie tout droit des temps reculés du Porfiriato (avant la Révolution mexicaine de 1910), un chat noir, quatre jolies femmes, une vengeance de l’au-delà… Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette histoire un film tout bonnement terrifiant. Les victimes du fantôme de la tante diabolique meurent toutes de peur, les unes après les autres.

Suite à cette tétralogie, la carrière de Taboada est marquée dix ans plus tard par la réalisation de Veneno para las hadas (1984). Verónica (Ana Patricia Rojo) est une gentille fille qui se vante d’être une sorcière auprès de sa camarade d’école, Flavia (Elsa María Gutiérrez). D’abord sceptique, cette dernière finit par la croire, suite à une série de heureux hasards que Verónica prétend avoir provoqués à l’aide de ses pouvoirs magiques. L’innocence de ces jeux prend un tour macabre lorsque Verónica force Flavia à l’inviter pendant les vacances dans le ranch de sa famille, et à y préparer du poison contre “ses ennemies”, les fées.

L’une des innovations de Taboada dans ce film, qui démontre une fois encore le caractère novateur de son talent, réside dans le fait que les seuls visages que l’on voit durant tout le film sont ceux des deux petites filles. Le point de vue de la caméra épouse toujours celui des deux protagonistes, et les autres personnages passent littéralement au second plan : ils apparaissent de dos, ou bien la moitié supérieure de leur corps reste hors champ. De cette façon, le réalisateur parvient à plonger le spectateur dans une histoire sombre et sordide, sans jamais quitter tout à fait l’univers de l’enfance.

Contrairement aux trois films précédents de Taboada du même style (Hasta el viento tiene miedo, El libro de piedra et Más negro que la noche), Veneno para las hadas est encensé par la critique. À sa sortie en 1986, il reçoit quatre prix Ariel, les plus prestigieuses récompenses du cinéma mexicain, dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur. Malheureusement, mal distribué en salle et très peu diffusé à la télévision mexicaine, ce film est aujourd’hui le plus méconnu de la filmographie du réalisateur.

Il s’agit là du dernier long-métrage de Taboada, qui consacre ensuite sa carrière prolifique à la télévision. De 1986 à 1988, il produit, écrit et réalise la série La telaraña.

En 1989, Taboada commence la réalisation de ce qui aurait dû être son cinquième film d’horreur, Jirón de niebla, dans l’Hacienda San Andrés au Mexique, avec Vicente Silva à la production et Henner Hofmann comme directeur de la photographie. Mais ce film ne verra jamais le jour, le montage n’a même jamais été terminé. Les bobines ayant disparu, on peut considérer qu’il s’agit là du film perdu de Taboada.

Le maître est mort le 15 avril 1997 à Mexico, laissant derrière lui plusieurs scénarios de films d’horreur prêts à être tournés, tels que Luz de muerte ou Silencio de muerte. Il est certain que son héritage continuera à nourrir la bête du septième art, ainsi que l’imagination collective des générations futures.

Un citoyen du monde ; un scénariste, acteur, producteur, réalisateur et professeur prolifique, versatile et sophistiqué ; un ermite et un créateur avant-gardiste. Un gentleman cultivé, charmant et élégant. Carlos Enrique Taboada, le Duc de l’Horreur.

CARLOS ENRIQUE TABOADA, A DUKE OF MEXICAN HORROR

Mexican horror film has a long tradition; there have been films of this genre since 1898. Don Juan Tenorio, by Salvador Toscano, is considered the first Mexican fiction film. In the Thirties, the horror genre was consolidated in national films, and we have, for example, La Llorona (The Weeping Woman, 1931), by Ramón Peón, as well as Dos monjes (Two Monks, 1934), El fantasma del convento (The Ghost of the Convent, 1934), El misterio del rostro pálido (The Mystery of the Pale Face, 1935) and Nostradamus (1937), filmed under the direction of Juan Bustillo Oro.

At the end of the 50s, with Fernando Méndez, these films took on the relevance they deserved, and are now considered film treasures, as are El vampiro (The Vampire, 1957), Ladrón de cadáveres (Corpse Thieves, 1957), El ataúd del vampiro (The Vampire’s Coffin, 1958), Misterios de ultratumba (Mysteries from Beyond the Grave, 1959), Los diablos del terror (The Devils of Terror, 1959) and El grito de la muerte (The Scream of Death, 1959).

In 1968, Carlos Enrique Taboada Walker’s fourth film, Hasta el viento tiene miedo (Even the Wind is Afraid) premiered, and with it, his celebrated horror tetralogy began. Nowadays, Taboada is considered the most charismatic Mexican horror film director.

The film, despite the simplicity of its script, captivates the audience and introduces them into the story in an intelligent way. With a well-chosen cast, in which Taboada included Marga López, Maricruz Olivier, Norma Lazareno, Elizabeth Dupeyrón and, as Andrea (“the ghost”), Pamela Susan Hall in this film that, generation after generation, has enjoyed great popularity. Plagued with a subtle, refined terror, which is perhaps what makes it so effective, we could say that the film is a watershed because of its film production; it stands out, additionally, because it is different from everything that had been filmed until then.

This terrifying but entrancing film would be followed by one just as captivating, and with those same virtues, El libro de piedra (The Book of Stone, 1969), where he once again cast the actresses Marga López and Norma Lazareno, along with Joaquín Cordero, Aldo Monti, and child actors Lucy Buj, as Silvia, and Jorge Pablo Carrillo, as Hugo.

After these two successful films, Taboada would take a break from gothic horror, as these two productions have been labeled.

In 1974, Taboada came back to elegant horror with Más negro que la noche (Blacker than the Night), where he included a spectacular cast for the time, with renowned actors and actresses such as Claudia Islas, Susana Dosamantes, Helena Rojo, Lucía Méndez, Julián Pastor, Pedro Armendáriz Jr. and, as aunt Susana, leading actress Tamara Garina.

The plot is nothing but spectacular: there is an inheritance at stake, an old mansion, an elderly aunt from Porfirian times, a black cat and four beautiful women, and revenge from the beyond, to make this story a simply terrifying film. The victims of the ghost of this evil aunt die, one by one, of pure and simple fear.

Ten years later, the corollary of the tetralogy and Taboada’s film career would be Veneno para las hadas (Poison for Fairies, 1984). Verónica (Ana Patricia Rojo) is a sweet girl who boasts about being a witch to her schoolmate Flavia (Elsa María Gutiérrez), who at the beginning is skeptical, but end up convinced due to a series of fortunate circumstances that, according to Verónica, she has caused with her magical powers. The innocence if these games acquires a macabre tone when Verónica orders Flavia to invite her on vacation to her family’s ranch, where they can prepare poison for fairies who, she says, “are her enemies.”

One of Taboada’s innovations in this film, which shows, once again, his progressiveness, is the fact that the only faces we see, during the whole film, are those of the girls; the camera’s point of view is always that of the two protagonists, and every other character is literally secondary: we see them turn their backs or with the top half of their bodies out of the frame; with this, he manages to immerse the spectator in a dark, sinister story while always maintaining a child-like touch.

Unlike the reception for his first three films in the same style (Hasta el viento tiene miedo, El libro de piedra and Más negro que la noche), Taboada got excellent reviews for Veneno para las hadas. The film, premiered in 1986, won four Ariel Awards, including for Best Film and Best Director. Unfortunately, the precarious conditions in which it was distributed to theaters and the scant occasions it has been shown on Mexican television have made it the least known of his films.

This was Taboada’s last film; he continued his prolific career in the world of television. From 1986 to 1988 he was the producer, writer and director of the series La telaraña (The Spider Web).

In 1989, Taboada filmed what would have been his fifth film in the genre, Jirón de niebla (Shred of Fog) at the San Andrés Hacienda, in the State of Mexico, with Vicente Silva producing and Henner Hofmann as cinematographer. The film never saw the light; they never even finished editing it. The cans with all the material have disappeared, so it can be considered Taboada’s lost film.

Taboada died on April 15th, 1997 in Mexico City, leaving several horror screenplays written and waiting to be filmed, including Luz de muerte (Light of Death) and Silencio de muerte (Silence of Death). We are sure that his legacy will continue to feed the film monster and the collective imagination of future generations.

Citizen of the world; prolific, multi-faceted and sophisticated writer, actor, producer, director, professor; a hermit and a progressive creator. Educated, charming, elegant gentleman. Carlos Enrique Taboada, the Duke of Horror.

Pablo Guisa Koestinger
@Pablo_Guisa

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Filmographie I  Filmography

Réalisateur & Scenario | Director & Screenwriter

1965 EL JUICIO DE ARCADIO
1966 LA RECTA FINAL
1967 A LA SOMBRA DEL SOL
1968 HASTA EL VIENTO TIENE MIEDO
1969 EL LIBRO DE PIEDRA
1969 LA TRINCHERA
1972 EL NEGOCIO DEL ODIO
1972 LA FUERZA INÚTIL
1972 EL ARTE DE ENGAÑAR
1972 ¿QUIÉN MATÓ AL ABUELO?
1975 RAPIÑA
1975 MÁS NEGRO QUE LA NOCHE
1979 LA GUERRA SANTA
1984 VENENO PARA LAS HADAS
1986 LA TELARAÑA (série télévisée / TV show)

Scenario | Screenwriter

1960 CHUCHO EL ROTO de/by Manuel Muñoz
1961 AVENTURAS DE CHUCHO EL ROTO de/by Manuel Muñoz
1961 QUE ME MATEN EN TUS BRAZOS de/by Rafael Baledón
1961 LA CAPTURA DE CHUCHO EL ROTO de/by Manuel Muñoz
1962 EL MALVADO CARABEL  de/by Rafael Baledón
1962 EL ESPEJO DE LA BRUJA  de/by Chano Urueta
1962 LA ENTREGA DE CHUCHO EL ROTO  de/by Manuel Muñoz
1962 AHĺ VIENEN LOS ARGUMENDO  de/by Manuel Muñoz & Tito Novaro
1962 NOSTRADAMUS, EL GENIO DE LAS TINIEBLAS  de/by Federico Curiel
1963 BAILA MI AMOR  de/by Arturo Martínez
1965 GUITARRAS ILOREN GUITARRAS
1965 ALMA ILANERA
1966 ALMA GRANDE  de/by Chano Urueta
1966 SÓLO PARA Tĺ  de/by Icaro Cisneros
1967 CHANOC  de/by Rogelio A. González
1967 ALMA GRANDE EN EL DESIERTO  de/by Rogelio A. González
1967 CABALLEROS DE ESPADA  de/by Arturo Martínez
1968 VESTIDAS Y ALBOROTADAS  de/by Miguel Morayta
1968 VAGABUNDO EN LA ILUVIA
1970 RUBĺ
1971 SIETE MUERTES PARA EL TEXANO  de/by René Cardona
1973 FUGA EN LA NOCHE  de/by Raúl de Anda
1975 LA MAFIA AMARILLA  de/by René Cardona
1975 NOCHE DE MUERTE  de/by René Cardona
1976 TIEMPO Y DESTIEMPO  de/by Rafael Baledón
1979 CRÓNICA DE UN HECHO (court-métrage documentaire / Documentary short film)  de/by Raúl Araiza
1981 EL SEMBRADO AJENO (court-métrage / Short film)  de/by Sergio Olhovich
1987 SENDA DE GLORIA (série télévisée / TV show)  de/by Raúl Araiza & Gustavo Hernández
1987 LA COYOTA de/by Luis Quintanilla Rico
1987 EL ÚLTIMO TÚNEL  de/by Sevandi González
1988 SOLICITO MARIDO PARA ENGANÃR  de/by  Ismael Rodríguez
1989 DOS TIPAS DE CUIDADO  de/by Ismael Rodríguez
1990 LAS DOS CARAS DE LA MUERTE  de/by José Morris
1990 ELLOS TRAJERON DE LA VIOLENCIA
1991 SILENCIO DE MUERTE  de/by Ramiro Meléndez
1993 PERSEGUIDO  de/by Roberto Schlosser
1994 UNA MAESTRA CON ÁNGEL  de/by Juan Antonio de la Riva
1995 LA VĺBORA  de/by Raúl Araiza
1995 LOS CÓMPLICES DEL INFERNIO de/by Juan Fernando Pérez Gavilán
1997 RECLUSORIO  de/by  Ismael Rodríguez
1998 FUERA DE LA LEY  de/by Antonio Mercero
1999 RECLUSORIO III  de/by Ismael Rodríguez

Adaptation | Adaptation

1960 ORLAK, EL INFIERNO DE FRANKENSTEIN de/by Rafael Baledón
1962 NOSTRADAMUS Y EL DESTRUCTOR DE MONSTRUOS de/by Federico Curiel
1963 VUELVEN LOS ARGUMEDO de/by Manuel Muñoz
1963 ASĺ ES MI MÉXICO  de/by Arturo Martínez
1975 SANTO EN ANÓNIMO MORTAL de/by Aldo Monti

Histoire originale | Original story

1955 KID TABACO de/by Zacarias Gómez Urquiza
1961 LA SANGRE DE NOSTRADAMUS de/by Federico Curiel & Stim Segar
1961 EL PANDILLERO  de/by Rafael Baledón
1961 LA MALDICIÓN DE NOSTRADAMUS de/by Federico Curiel
1963 EL CHARRO NEGRO CONTRA LA BANDA DE LOS CURVOS de/by Arturo Martínez
1963 LA MÁSCARA DE JADE  de/by Arturo Martínez
1964 DOS CABALLEROS DE ESPADA de/by Arturo Martínez
1972 EL CARRUAJE (série télévisée/ TV show) de/by Ernesto Alonso & Raúl Araiza
1978 ROSALIA (série télévisée / TV show) de/by Noé Alcántara

 

HOMMAGE | TRIBUTE

1969 | EL LIBRO DE PIEDRA

1968 | HASTA EL VIENTO TIENE MIEDO

1975 | MÁS NEGRO QUE LA NOCHE

1984 | VENENO PARA LAS HADAS